
| RETOUR DU DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE ?
de
l’issue de la Seconde guerre mondiale imposant de gérer le
monde avec des Alliés, dans un cadre onusien. Car la Guerre
froide qui surdéterminait tous les rapports mondiaux avait
occulté pendant plusieurs décennies la
conflictualité transatlantique qui ne demandait
qu’à renaître. L’usage des attentats de
septembre 2001 permettra fort opportunément aux
États-Unis de se reconstituer comme chef de file contre
l’Axe du Mal et de polariser le jeu d’alliances
internationales autour de cette idée. Mais un temps seulement,
car les péripéties de la guerre contre l’Irak, puis
l’enlisement ne permettront pas longtemps la tenue d’une
telle posture. Ainsi, le Traité ABM signé avec
l’Union soviétique en 1972, dont l’objectif
était de limiter drastiquement les systèmes de
défense anti-missiles de chaque partie, sera
dénoncé par les États-Unis en décembre 2001
pour permettre à ces derniers de tenter de mettre sur pied un
système de bouclier spatial, aussi irréaliste et
infinançable que le projet de « guerre des étoiles
» de Ronald Reagan ne l’avait été, mais aussi
déstabilisant. Dans la foulée les idéologues de
Washington réviseront la théorie d’emploi de
l’arme nucléaire et ne s’en interdiront pas
l’usage à l’encontre de pays
non-nucléarisés. Plus encore, ils adopteront la
théorie de la guerre préventive qui suffit de
prêter à l’ennemi des intentions belliqueuses ou
l’accumulation de moyens de défense pour décider de
l’attaquer. La guerre d’Irak sera le champ
d’expérimentation de cette théorie. L’Iran,
suspecté de vouloir accéder à l’arme
nucléaire, servira de prétexte à
l’installation en Europe d’un dispositif avancé de
système anti-missiles composé d’une station radar
en République tchèque et du déploiement de
batteries fixes de missiles intercepteurs en Pologne. Ce projet
empoisonne depuis plus de deux ans les relations entre les
États-Unis et la Russie qui se sent évidemment
menacée par ce système contre lequel Poutine avait
fermement mis en garde lors de son discours en 2007 lors de la
conférence sur la sécurité à Munich.
Accompagnant l’élargissement à l’Ouest de
l’OTAN, il contribue à freiner toute avancée vers
un réel désarmement nucléaire. Ainsi, les
négociations START, qui visent à démanteler les
armements nucléaires stratégiques et dont la
première mouture date de 1991, étaient restées
quasiment au point mort durant les deux mandats de Bush. Sauf
prolongation, ce Traité est censé expirer le 5
décembre 2009. Quant au Traité de
non-prolifération nucléaire (TNP), il doit être
révisé en mai 2010. En réalité ces deux
traités sont liés car le TNP invite les puissances
nucléaires à réduire leurs arsenaux, dont 95 %
sont détenus par les États-Unis et la Russie. Depuis
la présidence de Barack Obama, la vision des choses a
changé à Washington. Par petites touches,
progressivement, témoignant à l’évidence des
obstacles mis en avant par les nostalgiques de l’ère
précédente.
Une orientation nouvelle
À
la veille du Sommet des Nations Unies, l’annonce officielle de
l’abandon du projet du « bouclier antimissile »
déployé en Europe constitue un tournant dans les
relations russo-américaines. Il s’agit
véritablement d’un changement de cap en matière de
défense, prétexté par une
réévaluation de la « menace iranienne ».
Certes, un nouveau projet alternatif, destiné à calmer
les inquiétudes tchèque et polonaise, sera mis en oeuvre
en plusieurs phases et visera à positionner des missiles SM-3
destinés à contrer seulement les fusées de courtes
et moyennes portées. En outre des missiles Patriots seraient
déployés en Pologne. Mais rien ne serait
opérationnel avant 2015 ou 2018. S’ajoute à cela le
fait que l’adhésion de l’Ukraine et de la
Géorgie à l’OTAN ne semble plus
d’actualité. On comprend l’inquiétude des
pays de l’ex-Europe de l’Est. Ils s’étaient
déjà sentis trahis par l’Europe de l’Ouest
qui par-dessus leurs têtes dialoguait avec l’Union
soviétique durant la guerre froide. Cette fois-ci, ils se
sentent lâchés par les Américains et peu
remerciés de leur allégeance à Bush lors de la
guerre d’Irak. C’est le signe qu’il se passe quelque
chose à Washington. On n’y courtise plus la «
nouvelle Europe » comme du temps de Bush. La «vieille
Europe » qui avait approuvé le bouclier ne dit rien et ne
semble pas mécontente d’apparaître désormais
comme plus crédible en matière de défense aux yeux
de la « nouvelle Europe ».
Mais
ce coup de théâtre s’inscrit dans un ciel qui
s’est déjà beaucoup dégagé depuis le
début de l’année. Les discours et rencontres
s’étaient multipliés qui témoignaient de
rapprochements conceptuels importants susceptibles de favoriser des
convergences. Barack Obama a lancé un chantier ambitieux en
matière de réduction d’arsenaux et du renforcement
du régime de non-prolifération, n’hésitant
pas à faire revoir leur copie aux chefs de l’establishment
militaire jugés trop timorés. Sur l’Afghanistan,
l’OTAN a déjà obtenu la coopération russe
qui accorde le transit de soldats et de matériel militaire vers
ce pays par voie aérienne et terrestre. Moscou redoute bien
évidemment le retour des talibans à Kaboul. Un accord qui
permettra aux Américains de substantielles économies de
temps et d’argent. D’importants discours avaient
balisé le terrain. Obama a compris très vite le
désir de la Russie d’être traitée en grande
puissance avec laquelle dialoguer. Seul le domaine militaire s’y
prête réellement. Son discours à Moscou,
début juillet, lors de sa rencontre au sommet avec Medvedev,
succédant au discours du Caire destiné au monde musulman,
lui a permis d’affirmer qu’une grande puissance ne montre
pas sa force en dominant ou en diabolisant d’autres pays, et
d’exposer sa volonté de s’engager à stopper
la prolifération nucléaire et à contribuer
à construire à terme un monde sans armes
nucléaires. Il proposa également de rompre avec
l’idée selon laquelle la possession de telles armes
confère du prestige, ou que nous pouvons nous protéger en
choisissant quels pays sont en droit ou pas de les détenir est
une illusion.
La reprise des négociations START
s’est amorcée et laisse présager des
réductions d’arsenaux supérieures à celles
initialement envisagées lors du sommet de Moscou par les deux
parties.
Le caillou iranien
Ce
dossier n’est pas bilatéral et donc échappe en
partie à l’intensité de la coopération
russo-américaine, d’autant qu’un
quatrième acteur, Israël, s’emploie à le
dramatiser. Formellement, l’Iran signataire du Traité de
non-prolifération ne peut accéder à l’arme
nucléaire, mais dispose de la possibilité de se doter
d’une industrie nucléaire à des fins civiles. Tel
est le droit international. Mais ce droit international ne peut
s’exonérer de l’examen du contexte régional.
L’Afrique et l’Amérique latine sont des continents
où l’arme nucléaire a été bannie.
L’Asie et le Moyen-Orient, au contraire, constituent une zone
où le nucléaire militaire a déjà
proliféré sous des statuts divers. Deux pays (la
Russie et la Chine) se sont vus reconnaître le statut
d’Etats dotés de l’arme nucléaire par le TNP.
Trois autres pays (l’Inde, le Pakistan et Israël) ayant
refusé de s’engager dans le Traité ont eu
légalement les mains libres pour accéder à
l’arme nucléaire. Un sixième pays (la Corée
du Nord) a quitté momentanément le Traité…
puis y est retourné en ayant acquis un potentiel militaire
nucléaire dont il négocie le démantèlement
à des conditions avantageuses. Enfin, deux autres pays,
signataires du Traité (la Corée du Sud et le Japon), ont
acquis le statut de pays dit « du seuil »,
c’est-à-dire en capacité sous des délais
rapides (moins d’un an) d’accéder à
l’arme, sans s’être vu faire le moindre reproche. Il
est vraisemblable que l’Iran, puissance régionale
indiscutée, aspire à un tel statut. La présence,
à son pourtour d’une armada américaine l’y
pousse. La situation y donc instable et dangereuse. Avant tout parce
que ce continent cristallise des situations diverses de droits reconnus
ou arrachés et de situations singulières qui ne
favorisent pas l’émergence d’une règle
légitimement acceptée. Une remise à plat
s’impose.
Michel Rogalski

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